Le mariage gay : un mariage de raison ?

Le « mariage pour tous » : comment ne pas dire « oui » ? Encouragée par des sondages unanimes, plébiscitée par une majorité parlementaire en quête de résultats, la loi sera en plus « sans impact budgétaire » selon un conseiller ministériel cité par Libération. Populaire et économique sont deux adjectifs rarement accolés à une même mesure. Quand cela arrive, il ne faut surtout pas se priver ! Corollaire de ce mariage pour tous, les deux tourtereaux (-elles) pourront constituer une famille homoparentale.

L’intérêt de l’enfant pourrait être au cœur de la réflexion. Après tout, la nature nécessite un homme et une femme pour concevoir un enfant. Est-il absurde d’imaginer que les deux soient également nécessaires pour l’éduquer ? Raisonnement moyenâgeux, voire primaire. Toutes les études montrent que les enfants élevés dans les familles homoparentales se développent normalement. Et, c’est bien connu, les enfants ont avant tout « besoin d’amour ». Le sujet est donc clos : les couples homosexuels sont des parents 1 et 2 comme les autres. On notera tout de même que la « fiabilité » des études est proportionnelle à la proximité de leurs auteurs avec la cause homosexuelle. Quant à l’amour, le concept est tellement vague qu’il sert principalement à donner des titres aux émissions de télévision. Reste à trouver les enfants. Là, ça se complique.

Première option, l’adoption. Les pupilles de l’Etat sont guère nombreux, environ 2300 (voir le site ONED) et, pour beaucoup, difficilement adoptables compte tenu de leurs « caractéristiques » (voir le site d’Enfance & Familles d’adoption). De leur côté, les couples « agréés » sont environ 20000. Prétendre que l’ouverture de l’adoption à des couples homosexuels va enfin permettre à des enfants abandonnés d’avoir une famille est donc une vaste fumisterie. Au contraire, les enfants adoptés en France sont majoritairement d’origine étrangère : en 2003, environ 4000 sur 4500 (voir le rapport INED). Les possibilités d’adopter sont déjà structurellement insuffisantes pour répondre à la demande des couples hétérosexuels. La nouvelle loi va compliquer davantage les procédures d’adoption internationales. Les couples hétérosexuels stériles seront ainsi pénalisés et, dans tous les cas, le nombre de couples homosexuels qui pourra adopter sera très faible.

A défaut d’adopter, il faut concevoir. Là, les couples de femmes sont privilégiés par la nature : il leur suffit de quelques spermatozoïdes. Le recours à la Procréation Médicale Assistée avec don de sperme paraît donc « naturel », même si l’épanouissement des enfants ainsi fabriqués reste à démontrer (voir un article du Monde). Toutefois, la PMA est faite pour « réparer » ce qui devrait marcher alors que, toutes les études le prouvent, un couple homosexuel est consubstantiellement stérile. En dehors de toute considération éthique, serait-il logique que la Sécurité Sociale prenne en charge le coût d’une PMA dans ce cas ?

L’intelligentsia médiatique s’est gaussée d’une possible ouverture vers la polygamie évoquée par des opposants au projet. La logique est pourtant évidente, à deux niveaux. D’abord, sans être très visionnaire, les couples de femmes homosexuelles pourraient chercher un « père-beau » pour procréer. Il y aurait de fait ménage à trois. Dans le fond, rien ne l’empêche aujourd’hui. Mais normaliser cette situation revient à encourager un modèle avec un père intérimaire. D’autre part, si l’amour entre les partenaires est la condition du mariage, la polygamie pourrait être revendiquée : qui peut démontrer qu’un homme n’aime pas deux femmes ? Au nom de quoi la société refuserait-elle de reconnaître, d’officialiser cet amour ?

Pour la PMA, la situation des couples d’hommes est plus délicate. Mais cette loi pour l’égalité sera-t-elle discriminante vis-à-vis des couples d’hommes ? Surtout que les hommes homosexuels sont statistiquement plus nombreux que les femmes homosexuelles. La solution, c’est la location d’un utérus. L’emploi du mot « louer » est volontaire : comment imaginer une femme porter un enfant qui n’est pas le sien, par pur plaisir ? Sous le vocable hygiénique, aseptisé, stérilisé de « Gestation Pour Autrui » se cache une aliénation du corps de la femme (voir une note de la fondation Terra Nova). Ce n’est pas encore à l’agenda officiel. Mais l’ouverture du mariage aux personnes homosexuelles aboutira inévitablement à ces questions.

Des familles homoparentales existent déjà. La loi leur donnera donc un cadre sécurisant pour le bien-être de l’enfant. L’argument est séduisant. Mais, nous l’avons vu, il est – par essence et en pratique – impossible de combler le « désir d’enfant » des couples homosexuels sans jouer aux apprentis sorciers avec la reproduction et la filiation humaines. Adopter le mariage pour les personnes homosexuelles relève soit de l’inconséquence, soit de l’hypocrisie. Sans me prononcer sur l’une ou l’autre option, j’ai quand même l’impression que la foi des apôtres du lobby homosexuel a obscurci la raison de nos dirigeants.

Le mariage gay est un véritable choix de société et non pas une affaire privée. Le mariage n’est pas un acte d’amour. C’est un contrat pour contraindre les époux à une certaine stabilité bénéfique pour les futurs enfants et la société. Le mariage a été créé pour protéger les enfants. Il pourrait demain devenir un moyen d’obtenir des enfants.

Est-ce vraiment ce que nous souhaitons ?

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3 commentaires

  1. « qui peut démontrer qu’un homme n’aime pas deux femmes ? Au nom de quoi la société refuserait-elle de reconnaître, d’officialiser cet amour ? »
    Au nom de deux mêmes principes qui l’amène à reconnaître le mariage homo :
    1/ Le mariage civil est ce que la société en fait. Si la société est attachée à deux personnes et pas plus, on en reste là.
    2/ Le principe d’égalité : 1 homme + 2 femmes = inégalité entre homme et femme. idem si 1 homme et 2 femmes. Inégalité strictement numérique, entorse à la parité…

    « Mais normaliser cette situation revient à encourager un modèle avec un père intérimaire » : non ça n’encourage rien. Ca normalise le couple de femmes. Si votre femme fait un enfant avec un autre et que vous reconnaissez cet enfant, le fait d’être mariés ou pas n’y change rien. La PMA devrait d’ailleurs plutôt décourager les couples de femmes à procéder autrement, vu qu’elles pourront éviter les complications humaines (en plus du juridique) que peut générer le don de sperme non médicalisé.
    La PMA pose d’autres questions, dommage de s’en tenir à ça.

    1. Merci pour votre commentaire !
      1/ Cela signifie donc bien qu’il n’y a pas d’absolu. Le principe, c’est la société qui le définit à l’instant T. Donc, au contraire, on peut considérer que la question de la polygamie peut être posée.
      2/ Oui, mais là où vous dites inégalité, ils vous diront amour et respect de leur différence. Pourquoi ne pas reconnaître des ménages à trois avec 1H/2F ou 1F/2H après tout ? Du reste ce n’est pas de la science fiction mais déjà une réalité, au Brésil. Et si on ne veut pas de mère porteuse, il me semble que ce sera une voie « naturelle » pour les couples d’hommes.

      Pour la PMA, vous avez raison. En effet, le père n’est pas un intérimaire, il n’existe pas du tout. C’est plutôt cette question de l’absence de père, et donc de filiation, qui me paraît inopportune pour l’enfant.

    2. « 2/ Le principe d’égalité : 1 homme + 2 femmes = inégalité entre homme et femme. idem si 1 homme et 2 femmes. Inégalité strictement numérique, entorse à la parité… » >> Voilà, vous avez tout compris, le mariage homo est une entorse à la parité : 2H/0F ou 2F/0F

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