Oui aux discussions sans anathème !

Dans une tribune intitulée « Non à la collusion de la haine » parue le 17 novembre dans Le Monde, des personnalités du monde des Arts et Lettres dénonçaient un déferlement de haine à l’occasion des débats sur le mariage des personnes homosexuelles. Nuancé et constructif, leur texte entendait démontrer que tout opposant au projet était homophobe, que le débat n’avait quasiment pas lieu d’être et qu’un front national de la « France moisie » se constituait contre ce projet. Ce papier lapidaire pourrait prêter à sourire s’il ne reflétait pas la posture générale des partisans vis-à-vis des opposants. Ce que Erwann Binet, le rapporteur des débats parlementaires, illustre ainsi dans les colonnes de La Vie : « Je ne sélectionne pas les auditionnés en fonction de leur poids ou de leur nombre, mais sur des arguments de fond, et je n’ai pas l’impression que les adversaires à ce projet en aient. Comme l’UMP, ils sont dans la posture. » A-t-il seulement ouvert un journal  depuis 2 mois pour ne pas avoir trouvé un quelconque argument un peu valable ? Ce déni du débat  se retrouve à tous les niveaux de notre démocratie.

Dans la rue, la mobilisation de la Manif pour Tous du 17 novembre a été soigneusement sous-estimée par les autorités. Le chiffre d’environ 100.000 manifestants a été opportunément suggéré. Cela permet d’afficher une mobilisation comparable avec le PACS. Sous-entendu, cela aura autant d’impact… Jusque-là, c’est tout à fait cohérent avec les pratiques habituelles. Seuls des néophytes en matière de manifestation peuvent s’en offusquer !

En revanche, les bénéfices de cette première manche ont été balayés par les incidents lors de la manifestation organisée par Civitas. Grâce à une provocation parfaitement orchestrée et opportunément médiatisée, les Femen ont réussi à discréditer ces adversaires du mariage gay. Contrairement à la précédente, la majorité actuelle n’a pas réagi dans l’instantanéité, elle a pris le temps du recul, de l’analyse. Najat Vallaud-Belkacem, arbitre de la bien-pensance, a attendu au moins une heure avant de condamner les violences de l’extrême-droite. Plus d’une semaine après les faits, je m’interroge. Pourquoi aucun communiqué ne nous a-t-il donné l’information tant attendue : les Femen, combien de contusions ? Pourquoi aucun journaliste n’a-t-il remis en perspective la version de Caroline Fourest diffusée par l’AFP ? Pourquoi aucun commentateur ne pose-t-il la seule question valable : à qui ce coup fourré profite-t-il ?

Dans ce débat, les médias s’illustrent globalement par un goût immodéré pour la caricature et les raccourcis. Le 23 octobre, l’Alliance VITA organise à Toulouse, et dans plusieurs grandes villes, des  rassemblements contre le projet de loi. Le lendemain, La Dépêche du Midi titre « Manifestation homophobe place du Capitole ». Que la « scénographie » proposée ait pu ressembler à une veillée de boy-scouts un peu foireuse, c’est difficilement contestable. Mais qualifier cette manifestation « d’homophobe », c’est volontairement euthanasier toute possibilité de débat.

La chasse au « dérapage » autorise également toutes les simplifications. L’exemple le plus frappant est sans doute celui du glissement du « mariage pour tous » vers la polygamie, la zoophilie ou l’inceste. L’argument est pourtant simple à comprendre. Il ne s’agit nullement d’assimiler l’homosexualité à de telles pratiques. Mais si l’amour est la condition fondamentale du mariage, certaines unions sont également « éligibles » au mariage. Qui peut prouver qu’un homme et deux femmes (ou le contraire) ne s’aiment pas ? Et, après tout, pourquoi un père veuf ou divorcé ne pourrait-il pas épouser sa fille ? « C’est un interdit. » Soit. Mais tout interdit n’est-il pas fondamentalement religieux ? L’argument est donc simple à comprendre : le mariage ne peut pas se réduire à l’Amour, ce n’est pas ce qui fonde le mariage. Il est sûrement contestable mais au moins faut-il prendre la peine de le comprendre et de le faire comprendre à ses lecteurs.

Les bruits des couloirs de l’Assemblée ne laissent que peu de doutes sur l’impartialité des débats parlementaires sur le projet. Dans le même article que celui cité plus haut, La Vie explique que « la table ronde intitulée « L’approche juridique » est composée exclusivement de juristes favorables au projet de loi […]. Interrogé sur ce choix, Erwann Binet, le rapporteur PS du projet de loi, assume : « J’ai demandé à Caroline Mecary de me donner des noms de juristes contre ce projet de loi, elle m’en a donné deux, qui n’étaient pas libres ». N’est-ce pas curieux de demander à une militante de choisir ses contradicteurs ? « Pas du tout. Moi je n’en connais pas, des juristes contre. Je n’allais pas prendre l’annuaire et appeler trente-six juristes, leur demander leur opinion, etc. ». Soyons réaliste. Je ne crois pas que ces débats changent radicalement la vision de nos parlementaires, surtout ceux de la majorité. Le mariage homosexuel sera un véritable trait d’union entre des partenaires au bord du divorce. Mais les apparences auraient au moins pu être préservées !

En tout cas, si Erwann Binet ne trouve aucun argument, il pourra toujours auditionner François Hollande.

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