Qui osera s’élever contre la banalisation de l’avortement ?

chut (2)S’il me fallait citer un sujet sur lequel la droite parlementaire semble avoir abandonné toute conviction face au « magistère moral de la gauche » (j’ai lu cette expression quelque part et elle m’a bien plu, NDO), l’avortement me viendrait en premier à l’esprit. Et pour cause, le sujet est tellement sensible, difficile et douloureux. Le risque de blesser les personnes est immense. Celui d’être lynché par les faiseurs d’opinion l’est tout autant.

Je suis catholique mais, à titre personnel, je ne suis pas opposé à ce que les femmes qui le souhaitent aient la possibilité d’avorter dans mon pays. Nier la détresse des femmes abandonnées, obliger des couples à garder un enfant lourdement handicapé, forcer une adolescente à assumer un bébé conçu sans amour un soir d’été : il me paraît impensable d’imposer à d’autres des convictions que je n’ai jamais eu à éprouver moi-même. Même si je considère que c’est, par principe, la pire solution.

En ce sens, je peux être catalogué Pro-Choix (ce qui étonnera peut-être certains). Mais à condition que le choix existe réellement. Ce dont je doute sérieusement.

L’avortement est autorisé : devient-il pour autant un acte anodin ?

L’avortement reste l’élimination d’un être humain. Il faut tout de même le rappeler car certains semblent l’avoir oublié. Même si, à l’occasion du – court – débat sur les cellules embryonnaires, un chercheur a affirmé doctement qu’un embryon n’était pas une être humain, il est très difficile de dire en quoi il est différent d’un être humain. Et pour cause, un embryon possède déjà toutes les caractéristiques de la (future) personne. La différence, ce sont donc quelques jours.

Cette frontière est éminemment mince et purement artificielle. Et dans le fond, tout le monde sait qu’il vaut mieux ne pas revenir dessus car cela remettrait 40 ans de « droits des femmes » en question. Alors il vaut mieux y aller à fond, en affirmant comme le fait Sophie Eyraud, médecin généraliste et coprésidente de l’Association nationale des centres d’interruption de grossesse et de contraception (ANCIC) en mars 2013 :

« L’IVG fait partie du parcours de vie de la femme. On veut réduire le nombre d’IVG, mais l’IVG n’est pas un problème, c’est une solution ! On ne peut pas réduire une solution.  »

Voilà comment on passe d’une dépénalisation à une banalisation de l’avortement. « Qu’est-ce que tu fais aujourd’hui ? – Je vais me faire avorter. – Ah cool, envoie moi un SMS quand tu sors. »

La Ministre des Droits des Femme(s) déplore que l’information sur Internet soit trop orientée pro-vie (quelle horreur). Heureusement, il y a le site du Planning Familial qui fournit une information complète et objective. Allez dans les FAQ, choisissez le thème « Avortement » et la sous-thématique « Suites IVG », cliquez sur « Appliquer ». Réponse : rien.

Site du Planning Familial
Capture d’écran du site du Planning Familial

Mais alors, pourquoi beaucoup de femmes décrivent-elles un sentiment de détresse profond après un avortement ? Sans doute s’agit-il de faux forums écrits par de vilains militants anti-IVG.

La pire violence faite aux femmes : les forcer à avorter

Parlons-en d’ailleurs de ces forums (doctissimo.fr par exemple). Leur lecture suffit à vous faire verser des larmes de tristesse, mais aussi d’écœurement. Les ont-ils seulement lu, ces hommes et femmes politiques qui se gargarisent de « droits des femmes » et de « maîtrise de leurs corps » ? Ont-ils eu le courage d’affronter ces silencieux cris de détresse ?

Peut-être auraient-ils compris que, dans beaucoup de cas, les femmes avortent car elles n’ont pas le choix. C’est ça ou leur mec se barre. C’est aussi simple que ça. Et tout d’un coup, une hypothèse glaçante se fait jour : l’avortement est-il la plus belle conquête… de l’homme ?

Il ne me semble pas avoir lu les mesures envisagées par Mme Vallaud-Belkacem pour aider ces femmes.

Quand l’Etat se substitue à la mission des parents : l’avortement gratuit et anonyme pour les mineures

Avec ce gouvernement, il devient de plus en plus clair que la mission des parents doit se réduire à concevoir, nourrir, loger et blanchir les enfants. Et à payer les impôts qui permettent à l’État de les éduquer dès leur plus jeune âge pour en faire de parfaits citoyens de la « République indivisible, laïque, démocratique et sociale » (j’ai bien révisé ma charte de la laïcité).

Comme le disait la sénatrice Laurence Rossignol :

« Les enfants n’appartiennent pas à leurs parents, ils appartiennent à l’Etat ».

On connaissait les nationalisations d’entreprises, voici maintenant les nationalisations de progéniture.

Mais revenons à notre sujet. Cela signifie donc que votre fille peut avorter sans même que vous en ayez discuté avec elle préalablement (normalement elle doit avoir le consentement de l’un de ses parents, mais ce n’est pas obligatoire). Vous me direz, si votre fille ne vous parle pas de sa grossesse surprise c’est son choix et c’est sans doute que votre éducation n’a pas été une grande réussite. Oui mais non. Les adolescents sont influençables, les relations avec les parents parfois délicates. Mais à quoi servent les parents s’ils ne sont pas là pour accompagner leurs enfants dans un choix aussi important ? Il faut avoir 18 ans pour choisir un Maire dans le secret de l’isoloir, mais il n’y a pas d’âge pour avorter seule dans son coin. Quelle est la cohérence ?

L’avortement est devenu un tabou. Critiquer sa banalisation relève du suicide politico-médiatique. Pourtant, une véritable politique de prévention des IVG pourrait être mise en place sans que cela soit interprété comme une remise en cause de l’avortement.

Soyons clairs : sur ce sujet – et pour beaucoup d’autres – je n’attends rien de ce gouvernement – ou plutôt s’il pouvait ne rien faire, ce serait parfait.

Mais cela pourrait être une – autre – revendication à porter auprès des candidats à une prochaine alternance politique.

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17 Commentaires

  1. J’aimerais tant qu’un débat soit possible sur ce sujet sensible!
    Nous aussi nous avons du affronter un risque de T21 et des questionnements douloureux autour d’une éventuelles IVG (ou IMG). Dans mon entourage les raisons invoquées pour expliquer une IVG étaient « pas le bon moment » « pas le bon papa », bref des justifications que je trouve bien loin des situations dramatiques qu’on nous évoque souvent pour justifier les 200 000 avortements annuels en France.
    Je trouve qu’il faudrait redonner leur place aux pères, qui ignorent souvent l’IVG de leur compagne ou ex-compagne. Pourquoi n’ont-ils aucune voix au chapitre? Certainement au nom de cette idéologie « ce qui est dans le corps de le femme lui appartient », je rejoins Marie dans son commentaire.
    Il faudrait évoquer les embryons ou fœtus éliminés, mais c’est le gros tabou. Que sont-ils capables de ressentir? Souffrent-ils, à partir de quand ? Pourquoi ne pas discuter à nouveau des délais? Plus la science avance plus on découvre des capacités précoces des fœtus…

    Je suis allée lire les témoignages sur le site « IVG, je vais bien merci », j’ai été bouleversée, on est en plein dans la banalisation de l’IVG et le déni, limite prosélytisme.
    http://blog.jevaisbienmerci.net/

    1. C’est « drôle », mais en tant qu’homme, j’ai plutôt l’impression que les hommes ne veulent surtout rien savoir de ces questions là (cf les forums que j’évoque dans mon article).
      Effectivement, des recherches sur la douleur ressentie par des embryons seraient très intéressantes et pour donner un éclairage au débat. Mais comme vous le dites c’est un tabou auquel personne n’osera s’attaquer.
      Oui je suis déjà tombé sur ce site. C’est glaçant. En même temps, je comprends que ces femmes veuillent endurcir leur coeur pour ne pas souffrir. Mais là elles me diraient que c’est ma vision moralisatrice d’anti-IVG…
      Ce débat est vraiment douloureux…

      1. Ce site « je vais bien » est effectivement bouleversant et glaçant..
        Je viens de leur laisser un commentaire idiot du genre « ma mère n’a pas avorté et je vais bien, merci… », je ne sais pas s’il passera…
        Par ailleurs, j’ai remarqué, cher Orti, que, alors que votre site n’est que « propulsé par wordpress », le leur est, lui, « fièrement propulsé par wordpress »… ?….

      2. Chère Béatrice, au risque d’être désagréable, je ne suis pas sûr que cela soit le meilleur moyen d’entamer le dialogue ! (car j’imagine c’est ce que vous recherchez, n’est-ce pas ??)
        Quel œil de lynx! Deux possibilités: soit c’est une mention que le blogueur (confirmé) peut modifier lui-même, soit wordpress choisit les sites qu’il propulse avec fierté… Je laisse chacun se faire sa propre opinion !

  2. Merci pour votre article mesuré. Et juste, ce qui est rare face à des situations complexes. Ecrire, comme le fait le médecin que vous citez, que  » l’IVG fait partie du parcours de vie d’une femme  » a quelque chose de terrifiant.
    Je voudrais rappeler que l’IVG, indépendamment du fait qu’elle concerne le bébé, ne concerne pas seulement la femme, la mère ( même si utiliser ce mot est douloureux ) mais aussi le père, et ce qu’il se sente ou pas concerné. Il y a un grand mensonge à effacer le père, au profit d’une pseudo  » libération  » des femmes, de fait de plus en plus renvoyées à leur solitude lors de cet acte ou de la décision…Où est alors la libération?
    Qui plus est, le bébé ne faisant pas partie du corps de la femme, le slogan  » notre corps nous appartient  » est fallacieux. Pourtant, c’est toujours lui qu’on ressert…

    Je pense qu’une amende ( et oui, c’est le contraire de ce qui se passe puisque les IVG sont toutes remboursées) pourrait, dans la plupart des cas, au moins signifier que cet acte est grave. Et peut être cette amende serait-elle tout à la fois reconnaissance de ce qui s’est passé et début d’un processus soulageant. Je me demande si Dolto n’avait pas proposé ça, d’ailleurs…

    1. J’ai une petite nuance…
      Vous donnez au géniteur le nom de « père », malheureusement je crains que souvent celui-ci ne s’imagine pas du tout comme tel ! La libération sexuelle a coupé la sexualité de la reproduction et, pour bcp, je pense que le lien entre les deux est relativement conceptuel. Et l’éventuelle grossesse c’est l’histoire de la « meuf »… Donc là où je vous rejoins c’est qu’il y a un immense déficit d’éducation des (jeunes) hommes à ce niveau là…
      Pour l’amende je ne suis pas psy mais j’aurais tendance à dire que cela ne peut que « enfoncer » la personne…

      1. Merci Orti, le ton de votre article est très juste, et je crois (malheureusement) comme vous, à cette’absence grandissante de lien fait entre sexualité et reproduction : c’est maintenant le désir d’enfant ou le « projet parental » qui fait l’enfant : et, malheureusement ça marche dans les 2 sens…
        – pas de désir ? on le nie et/ou on le supprime (avortement, embryons congelés donnés à la recherche),
        – désir impossible à réaliser biologiquement ? on le fabrique, par tous les moyens (PMA, GPA..)

  3. Points de vue que je rejoins, même si je ne mettrais pas dans le camp des pro. Le problème de l’avortement c’est bien cette banalisation. J’ai lu que l’ « on estime que 40% des femmes auront recours à l’avortement au moins une fois dans leur vie « . Et trois IVG sur quatre concernent des femmes sous contraception. Alors bien sûr, parmi les raisons de ces IVG il y a les graves malformations du fœtus, les mères isolées, dans des situations précaires, parfois violées. Mais qu’elle est la part des IVG de « confort »? Ça n’est pas le bon moment, j’ai déjà le nombre d’enfants
    que je souhaite etc. Comment sensibiliser les femmes et faire en sorte que l’avortement ne soit pas la seule solution à une grossesse non désirée?

    1. Pour être parfaitement honnête, je ne crois pas en faire partie non plus. Cette remarque était plus destinée à attirer l’attention sur cette victoire sémantique remportée par les défenseurs du droit à l’avortement. Car être pour le choix, c’est être pour que chacun exerce sa responsabilité librement. Du coup, ceux qui sont « contre », sont pour l’obéissance aveugle, voire l’oppression…
      Pour le reste, nous sommes parfaitement d’accord. Le drame, c’est qu’une fois l’avortement banalisé, il n’y a plus de raison de vouloir en diminuer le nombre…

  4. Te voilà bien sérieux mais je crois que cette question te tiens à cœur, à juste titre d’ailleurs.

    Aïta

    1. Ouaip, difficile de bouffonner sur un sujet pareil…

  5. Tout à fait d’accord mais je crains que le « magistère moral » n’empêche la droite d’écouter sa conscience et d’oser aborder le sujet. Il n’y a rien à perdre à essayer. Sur la question de fond: l’avortement est-il ou non un meurtre et si oui, peut-on l’admettre dans des cas extrêmes? Dans la loi, il n’est pas question de l’absoudre mais de le dépénaliser…

    1. En l’état actuel, je ne me fais guère d’illusion non plus.
      Prudence, chère maman, je n’ai pas employé le mot « meurtre » à dessein car je pense qu’il est contreproductif. Il n’y a pas volonté de tuer, il y a plutôt souffrance et crainte pour le futur. En même temps, je reconnais que l’acte est volontaire… L’utilisation de slogan culpabilisant est pour moi un grand tord de certains pro-vie qui ne peuvent que braquer l’opinion.

  6. Bien que je ne sois pas « pro-choix », je suis tout à fait d’accord avec cet article (ce qui semble plutôt normal). Cependant, cette phrase « il me paraît impensable d’imposer à d’autres des convictions que je n’ai jamais eu à éprouver moi-même » me force à réfléchir, vu que c’est aussi ma situation. Et là où je vous rejoint totalement, c’est sur les nationalisations d’enfants (si j’ai un ou des enfants, ce qui n’est pas le cas actuellement, ce n’est pas pour l’Etat…) et sur le tabou autour de l’avortement, que je trouve très mauvais.

    1. Et quelle est votre réflexion, alors, mon cher AFNOU ?
      Nous avons eu un doute sur une éventuelle trisomie pour un de nos enfants. Même si nous ne nous sommes pas posé la question d’une IMG, la perspective d’un bouleversement complet de notre vie ne nous a pas laissé indifférents. Pour un couple fragile ou pour une future mère célibataire, je comprends que la question puisse être posée…

      1. Je pense que je n’ai pas de réfléxion toute prête. Je considère que tout le monde doit avoir sa chance, mais il est effectivement très difficile d’éduquer un enfant trisomique (par exemple) même si cela peut procurer beaucoup de joie aussi (d’après les témoignages que j’ai lu). S’il s’agit d’un enfant non-désiré « normal » (Dieu que je déteste ce mot dans ce contexte, mais il est très explicite, malheureusement), j’aurai tendance à vouloir lui laisser sa chance (la vieille histoire de la mère de Beethoven qui est enceinte de lui, avec 8 enfants dont 6 sourds ou handicapés renforce ce point de vue qui n’est pas si facile à faire valoir). Pour moi, le cas d’un enfant non désiré ne s’est jamais présenté mais si tel devait être le cas, ce serait de toute façon une décision à prendre à deux. Les enfants ne se font pas grâce à une seule personne… même si la société a tendance à l’oublier…

      2. @AFNOU
        Merci pour votre réponse très personnelle. Je vous rejoins tout à fait sur la difficulté à avoir une « réflexion toute prête ». Je l’avais avant de vivre des grossesses et de découvrir par quels passages délicats on chemine. Loin de moi l’idée de relativiser la gravité de l’acte mais il y a des situations très difficiles. Si au moins on donnait aux (jeunes) femmes une information complète et de vraies possibilités d’aller au terme de leur grossesse…

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